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25 mai 2020

Petite marche

By | Blabla | 2 Comments

Pendant le confinement, je ne suis sortie que deux fois me promener. Depuis, bien que dé-confinée, j’ai évité de sortir inutilement, autant que possible.

Au creux du ventre, j’avais (et j’ai toujours) cette sensation que ce chapitre n’est pas terminé, et que plus que jamais, il faut maintenir les précautions de base. Mais si demain, on repart en confinement (ce qui a de fortes chances d’arriver), je m’en voudrais de n’avoir pas profité de mes coins favoris pendant qu’ils étaient à nouveau accessibles.
Et puis, rester enfermée, pour moi c’est tellement dur, surtout quand je suis en manque de Nature. Alors je suis sortie faire un tour récemment, et j’ai noté mes ressentis, parce que les mots s’imposent à moi quelques fois. C’est probablement toujours un peu la même chose, mais moi je redécouvre à chaque fois avec la même joie, alors les voilà.

Je décore de quelques photos, prises à la volée ce jour là (les autres viendront plus tard), pour que le texte soit un peu plus aéré. Et d’un dessin, tout à la fin. Un « quickdraw » sur le thème de la Nature. ☺

~

J’ai eu besoin de sortir. C’est viscéral certains jours.
Tout laisser en plan, et aller respirer au-dehors, casquette sur la tête, et tant qu’à faire, appareil photo en main.

J’ai croisé beaucoup de monde au début de mon parcours.
J’ai perdu le compte des promeneurs et des joggeurs. Il n’y en a jamais tant eu que depuis le confinement et sa fin.

Je ne décrirais pas les aspects négatifs de la chose, je voulais me changer les idées, j’ai zappé au plus vite et me suis éloignée.

Il m’a fallu quelques pas, quelques minutes même, pour sortir de ma tête, ressentir mon corps, et m’ouvrir à ce que la Nature, toujours aussi généreuse, avait à m’offrir cette fois là.

Le Soleil le premier s’est invité sur ma peau alors que je levais les yeux au ciel.
Un ciel bleu vif, comme une acrylique, à peine agrémenté de quelques nuages aux allures éclectiques. Le premier cadeau sur ma journée qui allait, petit à petit, me faire sentir pousser des ailes.
Je réalisais alors que les jours de grisaille avaient finalement pesé sur mon cœur, et que j’étais heureuse de revoir le beau temps. Je garde une partie du Sud dans le sang.

Tout en douceur, à mesure que je laissais la ville en arrière, le Soleil faisait fondre la muraille de protection que je dresse si souvent entre le monde & ses stimulis, et moi.
Et soudain, toutes les informations, qui jusqu’alors étaient maintenues à distance, ont déferlé dans mon esprit via mes sens en émoi.

En observant mon itinéraire habituel, je remarquais que la végétation avait gagné du terrain sur le bord des chemins. Certains étaient désormais à peine visibles, perdus dans une jungle folle de buissons et de graminées diverses et variées. Bien qu’avec précaution, je m’y enfonçais avec une once de jubilation, l’âme plus vive et plus légère à chaque pas. C’était un peu comme emprunter un passage secret. Un peu comme doucement se réveiller.


Plus loin, en bordure de champ, je m’arrêtais un instant pour contempler la danse des blés verts au gré du vent. Leur ondoiement miroitant et leur chant innocent, c’était envoûtant, et beau.
Sur cette tendre houle, je m’imaginais un bref moment comme en bateau, parcourant les flots… Puis une ombre vive quittant le refuge des épis, je devins l’un de ces arpenteurs de ciel, le temps d’un vol d’oiseau rayant le paysage, avant de ne devenir qu’un vague point, tout là-haut.
Je redescendais alors, feuille libre mais sage, entraînée par un souffle invisible dans une dernière valse, avant d’érafler le sol. Là, je me transformais à nouveau, et j’étais tout à coup la demoiselle qui redécolle, et s’envole au dessus des barrières. Scintillante sous le Soleil, elle me montrait le chemin menant au petit bois. Redevenue moi-même, je la suivais, telle Alice son lapin blanc.


Sur les arbres alentour, les feuilles, encore en bourgeons à mon dernier passage, éclataient désormais fièrement par milliers en verts resplendissants.
Frémissant sous la caresse de la brise, et le soir se profilant à l’horizon, la lumière par intermittence jouait de ses reflets le long de leur nervures, les faisant ressembler à des papillons battant des ailes.
Sous leur couverts des carillons d’oiseaux se mêlaient à celui des criquets et grillons, et tous tintaient en c(h)oeur, célébrant la saison, et la Nature si belle.

Non loin de là, la rivière s’écoulait, nonchalante et tranquille, en petits éclats de rire sous les hautes herbes graciles. Tout autour et au-dedans de ces écrins sauvages, des centaines d’insectes faisaient un pétillant tapage, à ne plus savoir sur quoi concentrer ses oreilles, ni même où poser les yeux. Je trouvais cela fascinant, tout autant qu’amusant..

Je marchais lentement, entourée de toute cette effervescence, et je sentais chacun de mes muscles se détendre à mesure que je respirais plus profondément. Au milieu des pollens, poussières et petits insectes qui vous chatouillaient le nez, une subtile odeur de plantes embaumait l’air, transportée par mon ami le vent.

Joueur, il s’en donnait à cœur joie autour de moi. Il me gênait pour les photos, bien sûr, et je rouspétais quelques fois pour qu’il me laisse le temps de faire le point. Mais dès lors je marchais avec lui, les paumes offertes, et qu’il m’enveloppait de sa douce chaleur, j’oubliais tout, et je me sentais bien.
Je me sentais plus aérienne, et plus vivante, comme si souvent quand je marche seule dans mon coin. Je goûtais de tous mes pores et avec avidité le présent, celui qui s’évapore dès qu’on y songe d’un peu trop près. Je le savourais avec autant de conscience que je le pouvais, tout en me laissant rêver.. Et je marchais, là « maintenant », en faisant fi d’hier et de demain.

Ce n’est qu’après plusieurs heures, la lumière déclinant, que j’entrepris de rentrer. Le chemin me fût rapide et léger.
Je portais comme un trophée, sur ma chair un sourire largement dessiné, et dans mon cœur, une perle de sérénité.