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mars 2022

Des morceaux en bleu

By | Blabla / News, Dessins, Évènement, Liens, Poésie / Texte, Réflexions | 2 Comments


Le 2 avril 2022, ce sera la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme. À l’occasion, la ville de Saint-Étienne organise une animation sur la place Jean Jaurès, en partenariat avec une dizaine d’associations tournées vers l’autisme, dont celle qui m’a permis d’obtenir un diagnostic. L’évènement porte un nom qui me plaît forcément : « tous en bleu« .

Sur le stand de l’association qui m’a accompagnée, il y aura une exposition visant à montrer des oeuvres créées par des personnes diagnostiquées.
Comme toute personne étant dans ce cas là (combien on était, aucune idée), j’ai été contactée pour ça. Je crois que je n’ai pas tout compris quand on m’a contactée : je n’ai proposé que trois dessins pour montrer « mon univers ». J’ai aussi envoyé un texte et deux photographies. J’aurais eu bien plus à montrer, mais je ne voulais pas submerger l’interlocuteur, donc je me suis forcée à sélectionner.
Texte et photos n’ont pas été retenus, mais il s’avère que les trois dessins, eux ont été retenu ! On m’a proposé de faire afficher un titre et une description, je n’ai choisi de ne faire apparaître que le titre. J’étais déjà très contente à l’idée que quelqu’un veuille exposer un peu mes gribouilles, quelle qu’en soit la raison… et puis j’ai réfléchi, juste comme ça, et j’ai réalisé que je n’expliquais pas si souvent mes dessins… sauf peut être ici, mais pas toujours.

+ EDIT DU 1er Avril + : exposition annulée. Forcément hein.. En ce moment, tous les petits évènements me tenant à coeur sont annulés ou reportés… é_è tant pis, c’est comme ça.. Je laisse mon article.. au moins mes dessins seront visibles ici, même si je ne parle jamais de mon blog à personne…

J’aime l’idée que les gens y voient un peu ce qu’ils veulent, qu’en regardant ils puissent ressentir librement les émotions qui leur conviennent même si ce ne sont pas celles qui m’ont animée au moment de la création ou que j’ai mise en intention dedans.
Pourtant, là, je me dis « pourquoi pas ? ». Pourquoi ne pas, pour une fois, ici sur mon petit blog à moi, expliquer un peu ce qui me passait par la tête quand j’ai fait ces oeuvres que j’ai sélectionnées… Et puis ce sera l’occasion de reposter un peu certain dessins qui m’ont tenu à coeur.

(cliquez sur les titres pour afficher/masquer)
Premier dessin sélectionné : Dépression.

Deuxième dessin sélectionné : La pirate (en moi).

Troisième dessin sélectionné : Ouvre ton coeur.

S’il y avait eu d’autres dessins.

Si j’avais su que je pouvais en proposer plus de trois (si j’avais compris qu’il fallait envoyer tous les candidats et pas juste une sélection drastique montrant le genre d’œuvres réalisées), j’aurais tapé dans les dessins que je vais montrer là.

Une plume sur le coeur.

Au coeur du silence et l’Envol

La porte silencieuse ou « worLds » (: les mots sont des portes)

« Early morning » (Tôt le matin) ou « Fading in the Rain » (Se fondre dans la pluie)

La fée du lac

« Spring Moon » (Asperger)

Et voilà..
Peut être que des explications sont redondantes. Peut être que certaines creusent un peu plus que je ne le fais habituellement, ou complètent ce que j’avais déjà pu dire dessus. Quoi qu’il en soit, j’ai essayé d’expliquer quelques dessins importants pour moi. C’est un peu compliqué d’autant que j’ai du mal à me concentrer, surtout les derniers temps, mais j’espère que c’était compréhensible et intéressant (désolée s’il y a des fautes, je n’ai pas le courage de me relire !)… Quoi qu’il en soit, j’aime bien l’idée que mes dessins seront probablement affiché au stand. Si j’arrive à marcher, j’essaierai peut être d’aller les voir et de voir les œuvres des autres aussi.. On verra !

Bonne journée, à bientôt.

Rattrapage Janvier/Février

By | Dessins, Poésie / Texte | 4 Comments

Enfin un peu de temps et d’énergie pour tenir le blog !

J’en profite pour exhiber les plantes que j’ai adopté en Janvier. J’ai éprouvé le besoin d’avoir du vert à côté de moi.
Pour le moment, elles tiennent le coup, qui sait combien de temps ça va durer ? Bon les photos sont faites avec le téléphone alors c’est pas fou-fou, mais les plantes sont jolies, non ?

Aller. Il est temps de faire un petit point de rattrapage sur les créations des mois de Janvier/Février !

Pas tant de créations que ça au final, mais comme toujours : une créa, ça reste une créa ! Je me console comme ça, en me disant qu’au moins, il n’y a pas rien.

Bien sûr, comme je ne peux toujours pas marcher, je ne sors pas, donc toujours pas de photo…. L’Automne est mort sans moi, l’Hiver est passé sans moi, et le Printemps précoce, lui aussi, s’éveille sans moi… Certains jours ça me fait très mal, mais c’est pour la bonne cause, alors j’espère juste que je pourrais me rattraper l’an prochain 🤞

Pas non plus de réalisation manuelle. Je n’ai eu ni le temps, ni l’énergie, ni la patience… J’ai vaguement essayé de prendre un cours de crochet, hélas mes mains tremblent tellement et ma tête est si floue que c’est pas possible, et comme – évidemment – je n’ai pas réussi du premier coup, j’ai manqué de volonté pour reprendre après l’opération. Je verrais plus tard, quand j’aurais l’impression d’avoir la tête plus claire et le contrôle de mes membres.

En Janvier, deux ou trois bricoles, mais rien de bien notable en dehors :
– d’un essai licorne différent de d’habitude,
– d’un petit chibi fait pour Ikuto, un petit Prince choupitroll que j’aime beaucoup,
– et d’un dessin juste comme ça.
C’est tout.

En Février, une bonne surprise en début de mois : ma toute première « Daily Deviation » sur Deviant Art.
En fait, tous les jours, il y a un certain nombre d’œuvres dans chaque catégorie qui sont désignées pour être mise en avant. C’est loin d’être « rare » puisque c’est tous les jours et que les deviations y sont par dizaines, mais les œuvres sur le site se comptant en millions sinon bien davantage, et étant personnellement une toute petite créatrice qui ne communique pas sur son travail, ça reste un truc assez dingue qu’une de mes créations soit sortie du lot ce jour là ! Curieusement, ce n’était ni un dessin, ni une photo, mais une poésie en Français qui a été mise en avant : mon poème « Cadeau« . Un petit peu de baume sur la montagne de soucis que j’avais à ce moment là.

Côté Twitch : un peu d’animation, principalement pour le plaisir et penser à autre chose :
– une émote papillon qui change de couleur pour faire une émote animée sur ma chaîne*,
– un renne qui câline une licorne (inspiré par un gif existant mais fait avec les personnages de la copine IGotYB – date en réalité de fin Janvier),
– une autre émoji animée : j’ai juste retaillé mon animation de raid et l’ai basculé dans le bon format
– une licorne dans une télé pour mon alerte de Host,
– une licorne qui fait un looping pour l’alerte de dons de bits et comme éventuelle transition de scène (si un jour je trouve précisément comment on fait).

Côté pas animé, j’ai refait mes overlays pour qu’ils soient plus dynamiques et avec une identité visuelle un peu moins plate.J’en poste un histoire qu’on voit un peu. C’est l’écran de base de la scène de dessin.

Envers et contre tout, j’ai aussi réussi à maintenir (même si carrément moins que voulu) une activité twitch, et pourtant mon PC agonisant m’a mis bien des bâtons dans les roues (plus ça va, moins il fonctionne bien… et en changer serait un sacré budget -_-‘). J’avais plein de projets pour cette chaîne. La plupart sont pour le moment reportés jusqu’à une date ultérieure plus que floue… Néanmoins, j’essaie de garder la fierté de ne pas avoir abandonné.

Vite fait, j’ai aussi fait deux gribouilles pour la copine Leia_Tortoise. Une tortue un peu « tatouage » qui n’a pas servi mais que j’aime bien, et une mini tortue bulle pour faire l’icône de ses points de chaîne. Je les mets en petit vu que c’est pour elle que je les ai faites.

Côté texte : je n’ai pratiquement rien gardé, sauf quelques lignes, écrite un jour où, perchée à ma fenêtre, je désespérais de pouvoir aller marcher… je les ai écrit pour illustrer un test dessin sur le thème du Vent.

Sortir pour écouter le Vent chanter dans le décor,
le sentir jouer avec ses cheveux, envelopper son corps;
L’observer danser et tout animer au-dehors,
respirer à plein poumons, et en vouloir encore..

Côté Gribouille : Seulement 5 dessins.
– Un design pour le fun, et pour « le sel ». Parce que c’est fou comment les gens qu’on croise ont presque toujours des conseils non sollicités à donner pour nous expliquer comment gérer nos vies, surtout quand on est enceinte et  – je pense que ce sera pire encore – quand on devient parent. J’envisage très sérieusement de m’en prendre un pour le mettre chaque fois que je mettrai le nez dehors… en tout cas, il est en ligne dans ma boutique Spreadshirt.
– Un délire rapide en guise de souvenir d’un live de IGotYB parce que j’ai passé un bon moment et que j’ai pensé que ça pourrait être cool. Je l’ai fait pendant son live et un peu après.
– Un dessin inspiré par mon beau frère, lequel avait vu, dans mon dessin posté ici une femme enceinte, une « déesse de la fertilité ». Ce n’était pas le cas, mais j’ai aimé l’idée du thème. J’ai commencé l’esquisse avant une période compliquée, la finir m’a un peu coûtée, mais je l’ai fait.
– Un dessin dont l’esquisse avait été faite pour la Saint Valentin, je ne l’ai finie que plus d’une semaine après, quand le calme est un peu revenu.
– Un dessin de fin Janvier, peaufiné début Février, qui aurait du servir à annoncer la grossesse, si tout s’était passé plus calmement… On avait imaginé l’imprimer sur du papier holographique pour avoir le rendu coloré en fond.

Le dessin de la rousse enceinte a sa création pour partie en vidéo sur ma chaîne youtube, et le dessin de la St Valentin a toute la partie de numérisation en ligne également. Pour rappel ma petite chaîne est par là. J’avais bien préparé les vidéos, j’ai juste mis du temps à les uploader.

 

Et parce que ça fait du bien d’être un peu gourmand parfois, il est bon de le noter quand même : on a fait un peu de cuisine avec mon chéri.
– De la tapenade d’olives vertes,
– et des cookies.

Cela n’a l’air de rien, mais croyez moi, ça compte !

Et je crois que c’est tout pour ces deux derniers mois..!

Je suis quand même contente d’avoir réussi à sortir des trucs, même dont je ne suis pas pleinement satisfaite, en cette période si compliquée. Je sais que tout n’est pas terminé, que mon corps va encore souffrir et avoir besoin de récupérer, que le temps va continuer à me manquer, qu’une pause risque de s’imposer, que mon moral va devoir redoubler de volonté… mais aujourd’hui est un jour où je me dis que je peux y arriver.
Les doigts croisés, les yeux fixés sur l’objectif à réaliser. Avancer. Ne rien lâcher. Un jour, ça finira par aller.

À bientôt ♥

Journal – Irréel et compliqué

By | Blabla / News | 2 Comments

Je suis toujours là.

Pour des raisons personnelles, je me suis retrouvée avec très peu de temps et d’énergie pour tenir le blog, dessiner, ou même streamer;…  J’ai bien envie, là que je peux enfin me poser un peu, de profiter d’un répit pour faire un petit résumé de ce qu’il s’est passé.

J’ai écris je ne sais combien de textes sur ce que je traversais, pour tous les supprimer, les uns après les autres… je n’arrivais pas à en parler. Finalement, c’est à la veille d’une opération (encore incertaine à ce moment là) que je me suis débloquée…

Cette opération, c’était un risque pour moi de perdre les deux enfants que je porte actuellement. Un risque pour mon conjoint et moi de voir s’envoler une nouvelle fois nos projets… Dès qu’on nous a prévenu que l’opération « risquait » d’être inévitable, on a prévenu nos très proches de ce qu’il se passait. On s’est dépêchés de faire une vraie place à nos deux bébés avant que tout ne tourne éventuellement au cauchemar… les cauchemars, on connaît..

On était déjà un peu au bout du rouleau. Moi surtout. Dès le début de la grossesse, celle-ci a été un fardeau. D’entrée de jeu, il a fallu digérer, les unes après les autres, les nouvelles un peu assommantes…

Pour moi le premier choc a été d’apprendre que j’étais enceinte. J’avais toutes les raisons de m’en douter, mais curieusement là, je n’y croyais juste plus.
Je venais peu ou proue de finir mon deuil de ce projet là. Dessiner un nouvel avenir m’avait demandé beaucoup de force. Aimer de nouveaux projets, me préparer à m’y investir à fond, ça m’avait pris du temps, de l’énergie… J’avais commencé, mais je n’étais pas dans le meilleur état pour commencer. Et de nouveau tout basculait mais dans l’autre sens… je n’ai pas compris de suite ce qui m’arrivait.
Rapidement, j’ai ravivé mon petit rêve de fonder une famille avec mon compagnon. Je ne serais probablement pas la meilleure maman du monde, mais j’étais prête à tout pour faire de mon mieux pour m’occuper de mon enfant… Je n’ai pas pensé un seul instant qu’il pourrait y en avoir deux. La nouvelle est tombée comme « un parpaing sur la tartelette aux fraises de mes illusions » comme dirait ce cher Boulet.
Deux bébés… Deux fois plus de frais pour leur arrivée. Deux fois plus d’attention à donner. Deux fois plus de couches à changer. De possibles réveils au milieu de la nuit. De pleurs à essuyer, de colères à apaiser, de mains à guider, d’esprits à apprivoiser.. Et toujours seulement moi pour y faire face la journée, avec seulement deux yeux, deux bras, et ma maladresse quasi légendaire… j’ai paniqué. J’ai pleuré. J’avais toujours dit que « un », c’était ma limite, que je ne voulais pas qu’il y en ait deux, jamais…
Et puis deux, c’était rentrer d’office dans une grossesse plus à risque qu’une simple, sans compter que la division tardive de l’embryon pouvait donner lieu à des malformations qu’il allait falloir surveiller plusieurs mois durant…. une épée de Damoclès de plus au dessus de la tête, alors que de base, on en avait déjà tant…

Le rendez vous d’après, on apprenait que le placenta s’était logé sur le col, et sans ménagement on m’affirmait que je n’aurais pas le choix : ce serait une césarienne ou rien. Si « tout se passe bien » jusque là, bien sûr… C’est étrange, mais à ce moment là, l’idée de la césarienne m’a anéantie aussi. Je n’en voulais pas. Je n’avais jamais envisagé ça, et je me retrouvais sans aucun choix… On m’a aussi soudain déconseillée voire interdit beaucoup de mouvements, d’activités, etc… Trop risqués. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais déjà saigné, c’est rarement bon signe… Explosion du level de stress, chute drastique du moral.

Par dessus le marché, mon corps, déjà épuisé avant la grossesse, s’était effondré.
J’ai toujours été plus ou moins anémiée, en proie à des chutes de tensions, des vertiges, etc. mais jamais à ce point. La fatigue s’est étroitement liée à des nausées, saupoudrées de douleurs. De multiples « petits maux » de grossesse sont apparus. Pris séparément, j’aurais sûrement fait avec. Tous ensemble, j’ai eu du mal à gérer. Difficulté à respirer, perte d’équilibre, vertiges, nez qui saigne sans arrêt, seins sensibles et douloureux etc.. et pas le droit de sortir marcher pour respirer… mais je tenais encore.
Les douleurs se sont vite faites plus présentes. La fatigue plus lourde encore. Les nuits devenaient infernales. Manger avec les nausées était compliqué, et le peu que j’arrivais à ingurgiter, mon estomac galérait à le digérer, me rendant malade. Il a fallu un bon moment avant qu’on ne me donne finalement des comprimés pour annuler les nausées, diminuer les remontées acides, tenter de contrebalancer ma carence en fer, etc… du temps pendant lequel mon moral n’a fait que chuter, sur fond de monde covidé..

Puis il y a eu une brève accalmie pendant les fêtes. On passait les étapes les unes après les autres. Le risque lié au rhésus ? écarté. La trisomie 21 ? écartée. Les malformations ? Toujours aucune constatée. Le placenta ? Il se déplaçait. Etc… On montait les marches comme on monte un escalier, et l’espoir grandissait. On a commencé à se projeter, envisager les annonces, les prénoms… Apprendre le genre de nos bébés nous a donné un coup de boost, et je me sentais prête à endurer encore s’il le fallait…

Mais le rendez vous d’après, ça s’est gâté. Un problème est apparu, « à surveiller » comme le lait sur le feu : un syndrome transfuseur/transfusé.
On a été bien informés sur les risques, les solutions… Il y avait une infime chance que ça se résorbe tout seul, mais le plus vraisemblable était que ça allait continuer, auquel cas il faudrait agir. Pas trop tôt, pas trop tard, car l’intervention est généralement suivie d’une naissance précoce un à deux mois après, hors avant 23 SA, les chances de survie des bébés sont quasi nulles.
Ne rien faire c’était assurément perdre les deux bébés, mais « faire », c’était possiblement en perdre un, ou les deux quand même… mais aussi leur donner une chance à tous les deux, la seule possible… si dernière il n’y avait pas de séquelles, cardiaques ou cérébrales… si la poche tenait bon, si le syndrome ne revenait pas. Si, si, si … beaucoup de « si ».
Il a fallu envisager toutes les options, entendre les possibilités les plus affreuses, se projeter avec deux très grands prématurés, à supposer qu’ils résistent, ou avec un seul enfant vivant, et l’autre pas, mais dont il faudrait accoucher quand même en même temps…
Il a fallu « attendre et voir » ce qui se passait… voir les choses se détériorer, sentir l’espoir chaque fois être un peu plus rogné.
Pendant ce temps, la douleur ne faisait que monter. Marcher, même d’une pièce à l’autre était devenu presque une torture. Même au repos complet, je souffrais, au point de pleurer la nuit, car ça ne s’arrêtait jamais.
J’ai senti ma volonté presque se briser quand on m’a clairement dit « ce n’est pas une question de volonté madame. Si votre corps ne tient pas, on n’aura pas le choix« … C’est affreux de se sentir abandonnée, trahie par son propre corps. Je l’avais déjà ressenti à moindre échelle, mais ça n’avait jamais impliqué que mon corps puisse risquer les vies que je portais… et pourtant il fallait continuer à faire équipe avec ce corps qui se rapprochait du point de rupture malgré moi.. Nous étions quatre à souffrir. Mon conjoint, mes bébés, et moi. Et la volonté d’endurer ne suffirait pas.

On a renoncé aux jolies annonces. On a stoppé toute projection. « Attendre et voir ». Encore et toujours. Corps et esprits sur la brèche, tous les deux, car Lui me soutenait déjà depuis des mois et me voyait souffrir, impuissant, et moi effondrée complètement n’arrivant plus à y croire… Je crois qu’on avait limite commencé à se préparer à vivre un nouveau deuil…
S’obliger à y croire. Mais sur fond de campagne électorale aberrante dans mon pays. Lutter contre les pensées noires, les pensées de haine envers ces gens qui cherchent toujours sur qui taper, en oubliant ce qui devrait les rassembler… Écœurée… Il reste une chance que tout se passe bien, aussi infime soit elle, mais quel avenir pour mes bébés ? Ne pas y penser…

Mon hémoglobine qui continue à chuter. Première perfusion de fer. L’impression que ma tête peine à motiver mon corps à lutter. Culpabilité… S’obliger à respirer. Continuer, malgré tout, à espérer. Prévoir le bon comme le mauvais… C’est là qu’on a annoncé – pas comme on l’aurait rêvé – ma grossesse à la famille..

Tout s’est accéléré. À peine a t on prévenu nos proches de ce qu’on vivait que la situation s’est dégradée au point de ne plus pouvoir être ignorée. Il a fallu opérer. Il ne s’est pas écoulée 24h entre l’échographie qui l’a révélée et l’opération. On n’a pas eu le temps de trop y réfléchir. Lui m’a accompagnée à l’hôpital. Je revois encore son regard dans le mien, aussi proche que moi de pleurer. Pas le choix : s’accrocher, tenter, espérer…
Sans sa main dans la mienne, combien de fois aurais-je renoncé ?

L’opération a réservé quelques surprises au personnel soignant. Les bébés sont très liés : leurs cordons ont des connexions impossibles à couper à la racine. Ils ont fait de leur mieux, cautérisé ce qu’ils pouvaient, drainer l’excédent de liquide qui nous blessait tous les trois, sans pouvoir garantir que cela suffirait. Moi, j’ai passé un moment absolument horrible. Du liquide amniotique s’est échappé et s’est répandu dans mon corps. J’ai fait connaissance avec des douleurs encore inconnues qui ont dépassé tout ce que j’ai pu vivre auparavant, posées sur la montagne d’angoisse qu’on ait subi tout ça pour rien, que tout s’arrête quand même du jour au lendemain… Heureusement, Lui a été formidable de soutien…
Au passage, j’ai eu droit à deux poches de fer en plus, toujours pour contrer mon anémie sanguine. Je dois faire un contrôle prochainement. Si j’en crois mon énergie et mes vertiges, le « mieux » ne devrait pas être vertigineux… mais on verra.
Par contre, niveau échos & compagnie, le suivi les temps suivants a montré une amélioration presque miraculeuse : en un weekend, les bébés reprenaient une activité normale (récupération de vessie notamment..), les dysfonctionnements se sont équilibrés en une semaine et demi (notamment les poches qui faisaient la même taille), et en quinze jours – trois semaines, ils se développaient normalement : comme si rien ne s’était jamais passé. Pas de signes avant coureur de lésions jusque là. Un suivi restait nécessaire, par prudence surtout, mais c’était inespéré… une bouffée d’air frais sur nos espoirs malmenés.

Hélas après quelques jours de répit avec des douleurs légères, elles sont revenues. Supportables, mais parfois encore bien fortes. Mon bassin s’est écarté, m’empêchant encore davantage de marcher. Les douleurs qui étaient principalement dans le bas ventre et les côtes se sont généralisées, se sont fait plus fortes dans le dos, les hanches, etc. Là, je commence juste à ravoir des demis journées tranquilles, quand je ne fais pas que « dormir ».
Je suis tellement KO, mes journées font de 4 à 8h, le reste du temps je ne peux juste RIEN faire. Le moindre effort me fait mal, et ma capacité de concentration frôle le niveau 0. Je suis comateuse la plupart du temps, et c’est déprimant, parce que moi je ne m’ennuie jamais, et j’aurais des milliers de choses que j’aimerais faire ! Et jusqu’ici sur les périodes « réveillée », mon emploi du temps n’a jamais été totalement à moi : il y avait beaucoup trop de rdvs à gérer. On a été baladés sur plusieurs hôpitaux, on a vu X médecins différents, on a fait x prise de sang et échographies. Bien sûr qu’on est rassurés d’être bien suivis, mais c’est loin d’être une partie de plaisir pour autant… et ça aussi, c’est épuisant. Cela devrait enfin se calmer sous peu. À moins que le suivi à domicile ne prenne la relève : on ne sait pas encore de quoi il retourne exactement..

Comme je suis KO, je dis « dormir » pour ne faire suer personne, mais je devrais peut être offrir le détail de temps en temps, histoire de calmer les gens, car il y a autre chose de lassant.
Tout le monde (amis, famille, médecins, personne random) s’amuse à me dire « Profites-en, dors bien, après tu ne pourras plus !« . Bon sang, ce que j’en ai ras le bol de cette vanne de merde que la Terre entière s’amuse à faire à chaque fois...  mais je ne peux rien dire.
Qui a envie d’entendre : je suis fatiguée à un point non descriptible tout le temps. Je me recouche par incapacité à juste garder les yeux ouverts et parce que même assise j’ai mal au bout d’un moment, seule la position allongée me soulage à peu près (et encore trop souvent, j’y ajoute la bouillotte et les cachets). Je ne dors qu’à moitié, par lot de deux à quatre heures. Je suis réveillée à chaque fois, que ce soit parce que soudain je n’arrive plus à respirer, que j’ai mal et besoin de reprendre un cachet, parce que soudain j’ai la gorge sèche et en feu et que je dois absolument boire, parce que j’ai fait un horrible cauchemar sur ce qui s’est passé, parce que j’ai besoin d’aller uriner… C’est une valse de désagréments tous très glamour qui font que je ne suis jamais réellement reposée. Alors non ; je ne pense pas que – pour moi – ça soit bien plus éreintant « après », même avec deux bébés. On sera deux aussi, à les bercer, les rassurer, les aimer, à les nourrir la nuit tombée… Là je suis seule à gérer mes maux (et tant mieux ! Que mon amoureux soit préservé autant que faire se peut !). Non je ne me repose pas là. Je douille, moralement et physiquement, et je n’ai plus la place pour de l’humour sur le sujet. J’endure et je me tais pour ne pas devenir un boulet (je me sens comme tel même sans ça déjà). Et j’essaie de le faire sans hurler et pleurer de rage, d’impuissance, de lassitude, et j’en passe. Parce que j’ai toujours gardé pour moi autant que possible ce qui met mal à l’aise les gens, ou ce qui risque de me valoir leur jugements imbéciles dont je me passe bien..

Ma lassitude n’est plus dicible. Après des mois à avoir mal, à angoisser, et à ne pas pouvoir récupérer la nuit, c’est devenu difficile de supporter la douleur et tout le reste. Même malgré les bonnes nouvelles. Celles-ci me font tenir, mais n’empêchent pas que je vive mal le côté handicapant de cette grossesse que je n’ai encore pas pu réellement vivre. J’essaie que ça change, de modifier ma perception des choses, mais même la meilleure volonté du monde ne fait pas tout.

J’envie toutes ces femmes radieuses, qui s’apprêtent joliment, exhibant leur ventre rond, marchant d’un pas léger et fier… je voudrais être comme elles, mais cela ne m’est pas possible. Ce n’est pas que je ne veuille pas : je ne PEUX pas, je ne suis pas en état…
Je n’ai pas « l’aura » des femmes enceintes. Moi, pour ne citer que l’essentiel : j’ai des cernes sous les yeux, de l’acné partout sur le visage, les cheveux qui graissent vitesse grand V, le corps qui tremble et s’effondre en 2 minutes, et la démarche d’un canard boiteux quand je m’efforce de marcher en limitant autant que possible les douleurs qui m’assaillent… ça fait mélodramatique, mais c’est vrai.. si j’apprécie de porter mes bébés et que j’arrive à sentir la joie à l’idée de les tenir un jour dans mes bras, cela n’efface en rien ce fait (ridiculement) trop tabou que je sais n’être pas la seule à vivre : je déteste être enceinte. Cette grossesse m’aura volé des mois de vies que je ne récupèrerai jamais, et la seule chose qui atténue ça, c’est de le voir comme un investissement, un prix à payer pour avoir une famille que je tenterai de construire selon mon coeur. Je ne serais jamais une femme enceinte radieuse. Point.

Et puis, je me mettrai en valeur avec quoi ? Vous avez vu le prix des vêtements de grossesse ? Il reste deux mois à tenir… je ne vais pas acheter des habits coûteux pour si peu de temps… Je n’ai pas osé avant : cela m’aurait fait trop mal de m’acheter de jolies choses exprès, et d’ensuite les regarder, inutiles traces d’un espoir écrasé, si ça avait mal tourné… Pour ma défense, je ne l’ai jamais dit clairement ici, mais j’ai déjà perdu deux bébés dans le passé. Cette douleur je la connais trop bien, je ne l’oublierai jamais. J’ai limité tout ce qui aurait pu m’achever si elle m’avait été ré-infligée..
Je n’ai acheté que le strict nécessaire : juste assez de culottes/soutifs confortables pour tourner, 2 pantalons, et deux ceintures sensées m’aider avec mes douleurs (et à l’efficacité très mitigées). Le reste, c’est ce que j’avais sous la main et qui passait : t-shirt trop grand ou distendus, vestes de toujours qui ne ferment plus, etc…. je suis loin d’avoir la classe… heureusement mon adorable conjoint me dit quand même régulièrement que je suis belle, sinon j’aurais ajouté à tout le reste le désespoir de me sentir hideuse… C’est déjà très culpabilisant de se sentir comme ça quand l’univers tout entier s’attend à vous voir rayonner… Ce sera, je pense, un regret à porter..

Si cela c’était mieux passé, j’aurais rêvé d’avoir au moins une jolie tenue à exhiber… peut être même un élément de lingerie joli, pour me sentir un peu « sexy » même avec le gros ventre… j’aurais aimé prendre soin de moi, m’apprêter, pouvoir aller marcher, toute pouponnée… J’aurais même pris un de ces t-shirts trop classique indiquant clairement que j’attendais un heureux évènement : le genre de t-shirt qu’on n’a plus vraiment de raison de mettre une fois qu’on a accouché..
Du superflu agréable, mais du superflu quand même, surtout quand on pense à tout ce qu’il va falloir acheter ensuite, pour pas mal de chose en double. Rien que le prix d’une poussette… enfin bref. Tant pis, c’est ainsi. Je crois qu’il faut que j’accepte que, de toute façon, absolument rien dans ce projet ne sera passé comme imaginé. On aura déjà de la chance si tout finit bien et qu’on s’en sort à la fin avec deux petits êtres tout fragiles dont il faudra prendre soin..

D’ici là, il reste quelques examens à passer. Heureusement, les médecins sont confiants. On recommence à se projeter… et moi un peu à paniquer..
On se rend compte qu’il reste à peine deux mois pour tout préparer. Choisir des meubles, des sièges auto, prévoir le minimum syndical pour les nourrir et les habiller, etc… comment arranger la maison ? À quel moment Lui doit il poser ses congés ?? C’est quoi les démarches administratives à prévoir ? On est sur deux hôpitaux car personne ne sait lequel va nous accueillir vu qu’on ignore à quel moment les bébés vont arriver. Etc.
C’est une organisation que je trouve au final assez colossale parce qu’on y connaît rien. On a pas pris le temps de « voir venir ». On a pas discuté de ça avec qui que ce soit, ni même entre nous. On s’est focalisé sur les problèmes urgents et ce qu’on vivait. On ne se sentait juste pas de raconter ce qui se passait, et on avait trop peur pour plus s’investir dans tout ça… là je me sens dépassée, il y a tant à penser ! J’essaie de surtout penser matériel, et pas trop à l’accouchement. Avec tout notre passif, cela m’effraie, je ne sais plus quoi penser..

J’imagine qu’au fil des jours, si la douleur veut bien rester un peu tranquille, si la fatigue accepte de s’estomper même un tout petit peu, j’y verrais plus clair. J’imagine qu’à force de se projeter, on va retrouver une joie sans tâche à l’idée de l’arrivée de nos bébés. En attendant, ça reste quand même globalement très irréel et compliqué….
mais on finira bien par se débrouiller et y arriver.