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Poésie / Texte

Texte: Un peu de rien.

By | Poésie / Texte | One Comment

Cela ne m’était pas arrivé depuis… à ce point : jamais, en fait. Ou alors, j’ai oublié.
Cela m’arrive désormais, d’oublier…

Me poser devant mon écran, et ne rien vouloir y faire dessus. Ni jouer, ni dessiner. Ni lire, ni écrire. Ni rechercher, ni contacter… rien. Rien qu’une immense flaque de néant au bout de mes envies.
Je regarde autour de moi, et c’est la même chose. Les esquisses en attente depuis le début du « Art Block », la couture délaissée, les livres abandonnés… le rangement qui s’impatiente, le ménage aussi. Je n’ai juste envie de rien faire. Rien du tout.

Je suis sans doute plus fatiguée que je ne le pensais, mes souhaits noyés dans une torpeur démesurée.

Tout est terne en dedans.. Dehors, le ciel est gris-blanc. Rien ne s’y passe, rien n’y bouge, tout fait semblant, en suspens… Dans les rues en contrebas, à demi noyée par la bruine, quelques personnes s’agitent. Il y a un évènement en ville. Moi, je n’irai pas. Trop de monde, trop de bruit, j’ai besoin de tranquillité, de solitude choisie.

J’ai dormi plus que de raison aujourd’hui, migraines et cauchemars ont pourri ma nuit. Me lever a représenté un considérable défi… je n’ai pas même le goût de m’alimenter.. Je verrais ce soir, quand Il sera rentré… après tout, ce n’est pas comme si j’allais m’activer…
Je sais que plus le temps sera morne et plus il en sera ainsi. Mon énergie en chute libre, et le moral aussi, si je ne cultive pas les petites satisfactions avec précaution.. Spleen de fin de saison. Déprime de fin d’année, sur fond d’une dépression qui a toujours plus ou moins été. J’ai commencé à m’en libérer, mais par moment, les symptômes reviennent me hanter.

Novembre et Décembre… ce sont deux mois qui voient presque systématiquement ma forme s’envoler. Le froid, le manque de Soleil, l’absence de papillons dans les bosquets… je dois trouver des moyens de compenser pour ne pas m’écrouler. À croire qu’une part de moi est née pour hiverner… j’aime la consonance de ce mot « hiverner »..
Mais cela ne se fait pas, dans l’univers des humains. Il y a à faire toute l’année, sans jamais s’arrêter. C’est pesant par moment si vous saviez…  D’ailleurs, j’ai parfois l’impression que c’est de plus en plus lourd pour moi chaque année..

Aujourd’hui, même si c’est un peu malgré moi, je prends le temps. Le temps de ne rien faire. Le monde des ‘miens’ à deux pas, et pourtant, infiniment lointain déjà. Mes réflexions d’habitude si tourbillonnantes pénètrent l’oeil du cyclone au fond de moi. C’est flou, c’est las. En suspension dans un espace qui n’existe pas, où le temps n’est plus qu’une illusion qui s’effiloche au moindre geste, à la moindre pensée qui se déforme et disparaît avant même que d’avoir été pleinement formulée. Un univers rien qu’à moi qui ne se décrit pas.

J’observe cette sensation de trop-plein qui sonne comme du vide, à l’intérieur comme à l’extérieur. Je réalise avec distance tout ce qui traverse mon esprit et mon coeur. J’accepte que ce jour soit réservé au constat factuel de ces ressentis, et je chasse toute la culpabilité qui essaie de m’enserrer. Je respire, en flottant intérieurement au grès du vent..

Par la fenêtre, je vois le jour qui déjà décroît, et je me souviens que ces nuits précoces m’ont toujours plus ou moins vidée. C’est dur pour moi, de voir les jours raccourcir. Même quand je n’en profite pas.. Il y a quelque chose qui ne va pas dans ces moments là… mais quoi ? Peut-être le fantôme de cette impression qui m’a si souvent peinée, piétinée ou affolée : « ma vie me passe à côté. Je n’ai jamais vraiment existé« . Tout est plus saisissant dans la langueur des jours blancs.. Peut-être autre chose, qui n’a pas encore de nom dans mon inconscient..

J’arrive à saisir la beauté de l’arrière-saison qui souffle sur la terre, à aimer la présence de la Nuit autour de chaque lumière.. J’arrive à affectionner ce ciel de plomb et de coton et sa mollesse, le froid qui fait tressaillir le corps à la moindre caresse. J’ai l’âme qui vibre au premier flocon, et dès que dans l’air des rues fusent des chansons.. mais quelque chose à l’intérieur de moi, dans tout cette lente et pure transmutation, ne trouve pas sa place, et je voudrais pleurer de n’en pas saisir la raison..
Elles sont lourdes à porter, les larmes qui s’interdisent de couler, bloquées par des croyances passées.

Il y a dans les nuages quelques nuances timides, qui peu à peu se fadent totalement. Dans le ciel, un grand silence à peine masqué par la rumeur confuse de la ville. En ouvrant, une goulée d’air froid vient me mordiller la joue. Le vent sent le gris, et l’amorce de l’Hiver. Je ferme les yeux pour mieux le goûter, comme si une part de ce qu’il est me comprenait.
Je tremble et referme, puis enroulée dans un plaid bien chaud, je pose le front contre la vitre.

Je touche du bout de l’être l’absence d’actions, et toujours mes pensées errent, lointaines, floues, presque inexistantes elles aussi..

J’attends. Je regarde le simulacre de couleurs alentour s’estomper, jusqu’à se noyer dans ce bleu nuit qui engloutit les montagnes et tout le paysage en arrière plan. Je regarde disparaître chaque élément dans son manteau de velours, jusqu’à me lasser de ce sombre monochrome qui remplace la vie dans l’embrasure de ma fenêtre, seulement piqueté de jaune par quelque lampadaires vacillants..
Je décolle mon front de la vitre et je tire les rideaux. Combien de temps s’est il écoulé ? Je ne saurais le dire. Tout est calme en dehors du roulement des voitures qui passent régulièrement. Autour de moi tout reste vide et inanimé.

Je n’ai rien fait de mon après midi, mais ça n’est pas grave. Il y avait en moi un gouffre assoiffé de néant qui me hurlait de tout mettre sur pause, et je lui ai donné ce qu’il voulait. Demain, le jour traversera peut être ma fenêtre pour arriver jusqu’à ma peau, et je ressentirai ‘autre chose’, et l’envie et la Vie, peut-être, pointeront le bout du nez..?

En attendant, les mots emmêlés, je note dans un coin cette étrange journée. Il y a quelque chose à y capturer. À garder, ou relâcher…
Quoi exactement ? Ça… Qui le saurait ? Parfois les mots ne sortent que pour s’envoler, sans rien nous laisser.

Texte : J’aime la brume…

By | Poésie / Texte | 2 Comments

Tôt ce matin, alors que j’avais à faire à l’extérieur, je me suis retrouvée à traverser une vaste zone noyée dans la brume.
D’épais nuages laiteux qui réduisaient la visibilité, et donnaient au monde du quotidien un air fantasmagorique… peuplés de fantômes de moments similaires, à l’éclat irisé dans ma mémoire.. j’aurais adoré m’arrêter. Prendre des photos, marcher dans n’importe quelle direction, jusqu’à ce que mes jambes me demandent une pause bien méritée… Attendre dans le demi silence que le jour se lève tout à fait, estompant progressivement les ténèbres…
Hélas j’étais prise dans la frénésie de l’horloge. Des rendez-vous à ne pas manquer, des papiers à envoyer avant telle heure donnée… J’ai chassé cette pensée, du moins j’ai essayé : elle m’a poursuivie toute la journée.
Cela m’a rappelé des moments que j’ai dérobé dans le passé, et que j’ai confiés à la douce nébulosité de ces jours tamisés. Je me souviens du plaisir de marcher dans cet irréel écran de fumée…

Bon sang, comment ai-je pu oublier ces dernières années ? J’aime la brume… Cette familière inconnue aux allures de poème.
Vous ai-je jamais parlé de cet étrange sortilège qui peut revêtir la légèreté d’une plume ? Combien de fois, il y a longtemps, ai-je pris plaisir à faire mes trajets à ses côtés ?
Comme il est bon de s’abîmer dans ses souvenirs jalousement gardés..

S’enfoncer dans son voile gris, s’évaporer aux yeux du monde comme par magie… Cette sensation de s’aventurer dans un lieu oublié, qui n’appartient qu’à ceux qui se tiennent au centre  de la buée… Un goût de retombée dans la candeur de l’enfance. Une allégorie de l’avenir que l’on ne peut jamais vraiment deviner…

En ville, voir les gens et les voitures disparaître dans la grisaille, et apparaître d’un coup, par enchantement, seulement pour un fugace moment. Arbres et bâtiments émergent au fil de la route comme on sort d’un long sommeil, avant d’y sombrer à nouveau, quelque part dans notre dos.

Par endroits, l’on n’y voit guère à plus d’un mètre de distance, tandis qu’ailleurs, quelques dizaines de mètres sont visibles, ou devinables. Comme des bulles diverses et variées, ci et là déposées. On passe de l’une à l’autre au son de l’écho de nos pas.  Un univers estompé, lavé, qui gomme les défauts et le trop parfait dessiné par le hasard. Tout prend un air différent dans ces cas là, ensevelis sous le brouillard..

Dans son étreinte, même les plus connus des chemins s’auréolent de mystère. L’occasion de les redécouvrir, d’une singulière façon, à mesure que les détails se dévoilent lentement, tour à tour. Un pas après l’autre, l’oeil capture les contours qu’il ne faisait qu’interpréter l’instant d’avant. Timides, les couleurs se fondent dans un camaïeu de gris, monochrome de génie..

Au sein de cet espace artificiel, créé par une illusion de cocon, je ressens une certaine forme d’intimité. Lors de mes instants d’angoisse, il se ressert sur moi, et j’ai peur de tout ce qui pourrait, à tout moment, surgir de n’importe quel côté. Mais les bons jours, c’est un cadeau dans lequel je me sens libre d’être et de respirer.. Mon imagination de grande enfant se teinte d’humidité, et je parcours des terres oubliées. C’est comme plonger dans des citées immergées, mais sans avoir à retenir son souffle.. lequel s’échappe en volutes de vapeur. J’hume le sol qui transpire de fraîcheur, cet humus détrempé dont la douceur est presque palpable. Loin dans ma tête, se jouent des scénarios incroyables, et en avant plan, mes sens savourent le présent.

Écouter les oiseaux, les seuls qui se moquent de défier le silence de leurs mots si plaisants. Sentir la vie qui s’éveille, bruissant dans chaque recoin, et ressentir ce léger picotement sur la peau, ce frissonnement qui nous rappelle qu’on est vivant. Voir le voile se dissiper, à mesure que le jour gagne du terrain, se délecter de l’air qui glisse autour de ma main… Respirer le vent, le parfum des fleurs au petit matin. Observer les couleurs qui saturent graduellement sur toute chose, comme avec pudeur, alors que le tableau se métamorphose. Les premiers rais de lumière qui percent vraiment le rideau de petits cristaux en suspension, faisant naître – parfois, quand on a de la chance – de petits arc-en-ciel inopinés.. S’ouvrir à ce monde opalescent, constellé de gouttelettes abandonnées, comme autant de points de rosée qui scintillent au Soleil. Se dire que notre Terre est véritablement une pure merveille..

Revenir délicatement dans le monde « des gens ». Reprendre la marche pour rentrer chez soi, paisiblement. Ancrer en soi ces heures clandestines, l’âme chaussée de ballerines.

Poème : Cadeau

By | Poésie / Texte | No Comments

J’aurais aimé être mieux, et faire plus, sans être limitée.
J’ai l’impression que rien jamais ne sera assez..

Offrir. Donner. Même en sachant que l’on sera oublié, après.
Juste pour la beauté du geste désintéressé, pour la joie que cela va procurer..

C’est doux et beau, un cadeau. Qu’on puisse ou non le toucher.
Parfois juste des mots. Parfois juste une présence qui s’abstient de juger..

Faire des cadeaux, à défaut d’en être un. Aimer. Imparfait ;

J’aurais souhaité devenir cette dérisoire chance d’un instant,
Cet infime petit rien qui donne de la valeur à son ‘présent’.

Je me serais voulue ce petit pas grand chose finalement important,
qui dessine des sourires sur les visages et le temps..

J’aspirais à être, provoquant ce discret soupir dans le vent,
Ce beau cadeau qui aide à se sentir moins seul, plus aimé et vivant..

Je ne suis que moi. Je tente d’apporter ce que je peux. Momentanément.

Je ne serai jamais plus que ça. Je n’ai pas davantage à donner.
J’espère malgré tout que l’un des mes “cadeaux” au moins aura compté;

Que quelque part, peut-être, une goutte de lumière en sera née.

Poème : Aujourd’hui.

By | Poésie / Texte | 4 Comments

Aujourd’hui, il fait gris, et le ciel pleure d’ennui.
Elle me tient compagnie, la pluie.

Par moment je l’entends, à travers mes carreaux,
J’ai toujours aimé le bruit de l’eau…

J’ai mal, à la fois je sais, et ne sais pas pourquoi.
Il y a des jours comme celui-là. C’est comme ça.

J’ai la tête qui tourne et j’ai un peu froid.
Mais curieusement, si je me pose pour respirer, ça va.

Demain, si ça se trouve, il fera beau, et chaud.
J’aurais envie de rire, et j’oublierais mes maux.

La curieuse magie d’être moi, et celle d’être en vie.
Il y a des surprises dans chaque « Aujourd’hui »…

Poème : Boule à Facettes

By | Poésie / Texte | 2 Comments

Il y a quelques temps, j’écrivais ceci. (Le dessin lui date de 2010 je crois). Doucement, mais sûrement, je recolle les morceaux. Je sens grandir en moi la volonté d’assumer toutes ces parts qui me constituent. Un important pas de plus.

J’ai tant redouté la folie… le fait de perdre la tête…
Tous ces morceaux de ‘moi’, éclatée comme une boule à facettes.

Pour me protéger, pour être acceptée, j’ai tout découpé.
Pour chaque bout de moi, une nouvelle identité..

Celle qui écrit, celle qui dessine, celle qui photographie..
Celle qui doute, celle qui pleure, celle qui rit..

Toutes éparses sur la toile, jamais réunies en un même endroit.
Me dire, et communiquer, certes, mais un morceau à la fois…

Dans tous les aspects de ma vie, j’ai procédé ainsi,
J’ai tout sectorisé, et soigneusement choisi avec qui.

Aujourd’hui, j’en paie le véritable prix.

Je suis cette étrangère familière que personne vraiment ne connaît.
J’ai tout enfermé dans des cages séparées pour mieux me cacher.

Je n’avais pas le choix, comprenez-vous ?
Convaincue que personne, jamais, n’accepterait tout…

Mais morceau par morceau, pas après pas, lentement,
il existait une chance pour qu’on accepte mes éléments..

J’ai arrêté. J’arrête. Je veux être vraiment moi, désormais.
Je veux vous laisser une chance de me rencontrer…

Cela m’aura pris tellement de temps.. mais j’y suis, maintenant.
Je rassemble mes facettes éparpillées aux quatre vents…

Un pas de plus vers la vie… ma Vie.

Beaucoup sont partis en découvrant l’un de mes nouveaux aspects.
Ma seule consolation c’est qu’au moins, j’aurais essayé…

Je ne puis leur en vouloir d’être déçus, ou de s’être sentis trompés…
Par omission, mais finalement, je leur ai menti, au moins à moitié…

Des perles de rosées pendues à mes cils, je les laisse s’envoler.
Au moins cette fois, on me quitte pour moi, et c’est ‘vrai’.

Aujourd’hui, je sors la superglue et mon espoir insensé,
je recolle les morceaux et tente d’assumer un “moi” entier.

La “Boule à facettes”, c’est fini…

Tombent les masques et la pluie, me voici…

Les ponts

By | Poésie / Texte, Réflexions | 4 Comments

Du bord de ce moi-même épuisé, je contemple les ponts que j’ai pu créer..

Ceux qui me sont devenus trop étriqués, et qu’il me faudrait modifier. J’ai grandi, et le monde -comme moi- a changé.
Ceux que les éléments ont bien usés, et qui menacent de céder si rien n’est fait. En suspens dans le temps, et pour lesquels il faut statuer : les réparer ou les abandonner.
Ceux qui ont brûlé, et ceux qui se sont écroulés. Ces ponts détruits sans réelle contrariété, parfois par ma main trop blessée, parfois par ceux avec qui je les partageais..
Ceux qu’on a rasés, ou laissé être emportés, mais à regret, parce qu’on comprenait le besoin de liberté, ou d’évoluer, d’oublier. Leurs ruines seulement partiellement immergées..
Ceux recouverts de brume, tous différents, que l’on n’ose plus traverser, car on ignore qui peut bien être encore de l’autre côté. Les regarder nous rend parfois apeurés, ou nous fait espérer. Choisir – d’attendre de le voir tomber si on est incapable de décider -, de le faire sauter pour s’en libérer, ou quelques fois, de prendre son courage et aller vérifier – par amour du souvenir qu’on en avait -.
Ceux qu’on a rebâtis, ou du moins, on a essayé. Qui ont parfois un drôle d’air ainsi rafistolés, qui peuvent manquer un brin de solidité, mais ça viendra peut-être une fois peaufinés, et alors ils seront tellement plus adaptés que ce qu’ils étaient.
Et puis bien sûr, il y a ces ponts qui n’ont jamais bougé, ils étaient déjà parfaits, immuables et sûrs depuis tant et tant d’années.

Toutes ces façons de construire quelque chose pour se relier, toutes ces couleurs -parfois surprenantes- que l’on découvre sur le trajet… celui pour aller de “l’autre côté”, “rencontrer”.

La vie n’est pas un long fleuve, tranquille et satiné. C’est une succession de rives, subtiles et bigarrées.

Une bouffée d’air

By | Blabla / News, Photos, Poésie / Texte | 2 Comments

Hier, je me suis autorisée ma première sortie depuis le début du confinement.
J’avais besoin d’air, de bouger. De me retrouver avec moi-même un instant.

Bien sûr, avec les limitations de distance notamment, beaucoup de mes coins habituels sont hors d’accès en ce moment, et il n’est plus vraiment permis de prendre son temps (moi qui sortait des heures et des heures…., pas de chance !), mais je me suis forcée à l’accepter, tant pis. C’est toujours ça de pris ! Et même sur ce petit trajet, parcouru plus rapidement que de coutume et d’envie, j’ai été heureuse de pouvoir enfin me dérouiller le corps, et surtout l’esprit.

Je dois avoir l’esprit dans les jambes, il a besoin de marcher pour se sentir vibrer, et d’être entouré de nature pour se sentir en équi-libre. Mes yeux se sont accrochés au peu que j’ai pu en croiser. Arbres, buissons, herbe… J’ai guetté les couleurs des fleurs, et leurs senteurs, épié brièvement les mouvements du mini-vivant que j’aime tant. Celui que tant de gens oublient si souvent. Nos voisins invisibles, la plupart du temps…
Je croisais, par un heureux hasard, le vol enjoué de papillons pressés, sitôt aperçus, sitôt disparus. Je me fixais sur les arabesques apaisantes des abeilles affairées, m’amusant de leur derrières colorés : jaune, blanc, orangé… Dans les branches encore largement dénudées, mais couvertes de bourgeons prometteurs, nos amis à plumes en profitaient de bon cœur, sans discontinuer. J’admirais leur vivacité, et la facilité avec laquelle ils se déplacent toujours dans ces inextricables labyrinthes de bois et de feuilles, petits ninjas duveteux aux accords mélodieux..

Il faisait beau sous le chant des oiseaux, doux et chaud sur ma peau. Le présent sonnait comme un cadeau. Une magnifique fin de journée..

De soulagement et de joie, j’aurais pu me mettre à pleurer. Cela m’avait tellement manqué !!
Marcher. Respirer. Observer la Nature, doucement, par le Printemps ravivée..

Pourtant, sortie des quelques menues parcelles vertes disponibles dans mon rayon, dans des coins de goudron et de béton, exceptionnellement j’ai également pu savourer l’instant. C’était étrange, mais agréable, de déambuler ainsi dans les rues de ma ville..
Après deux semaines de défilé devant ma fenêtre (je n’avais jamais vu autant de promeneurs & joggeurs que depuis le début du confinement…), aujourd’hui : presque personne, sauf en quelques lieux stratégiques comme le petit parc. Sur les grands axes, une faible circulation là où, d’ordinaire, tout n’est que flux presque constant, et sur mon chemin, juste de longs trottoirs tranquilles.

En dehors de toutes considérations (humaines, économiques, et tout ce bazar là), j’ai refait cet étrange constat : j’aime assez voir la ville dormir devant moi. J’ai toujours été fascinée par l’absence, et le silence..
Des scénarios improbables dansaient dans mon esprit, qui aime à nager dans ses fantaisies. Par moment, je ralentissais la marche, et mon regard se perdait dans les moindres recoins de cette cité au visage inédit, comme si soudain, tous étaient partis. Comme dans ces situations surréalistes où tout se fige, pour une durée indéterminée. Un minuscule apocalypse localisé… Une faille dans l’impermanence..
Le temps comme suspendu au bout d’un souffle, d’un soupir. Son passé voilé de mystère, au moins autant que l’avenir..

À défaut d’avoir bois, prairies et leurs merveilles pour moi seule, j’ai eu les places et les routes. C’est différent, sans aucun doute. Mais on peut y trouver son compte quand elles résonnent de néant clair. Comme ces fins de nuits calmes et froides, au milieu de l’hiver. Comme ces petits matins d’été où l’aube point avant l’éveil des humains. Comme les crépuscules effaçant les routes perdues de vallons lointains.. De petites parenthèses, en dehors du temps. Cela a réveillé quelques souvenirs d’une époque révolue.. Une où j’aimais à errer seule dans les rues, à des heures indues, observant le monde comme si personne ne l’avait jamais vu, et imaginant que quiconque, jamais, ne l’arpenterait plus… la peur du monde m’était alors presque inconnue.

Toute agitation, évaporée. Les vieilles mansardes aux volets clos, leurs potentiels occupants bien cloîtrés. La vie des immeubles plus récents cachée derrières des rideaux tirés. Des parkings abandonnés. Les étals déserts sur la place du marché, et les devantures austères des boutiques « non essentielles » (soit la quasi totalité) toutes fermées. Là, une cour inhabitée, si ce n’est par quelques paridés, occupés à chanter, et à chercher à manger. Un banc ignoré, à l’ombre d’une haie mal taillée. Le long d’un escalier, une rampe à la peinture écaillée, qui n’aura pas servi de la journée. Une fontaine sans personne pour l’écouter chuchoter. Le frisson des arbres que personne ne voit danser… Partout, le calme envahissant la cité, sublimant chacun de ses aspects.

Plus âme qui vive sur les pavés. Les rues vides et silencieuses, à peine animées d’un filet de vent léger. Des feuilles mortes égarées, dansant dans l’air, suivant le parfum des quelques fleurs apparues sur les buissons, et les petits coins de verdure devant les maisons. Un grand ciel bleu parsemé de nuages aux allures de coton, glissant lentement à l’horizon. Des éclairs ailés qui le traversent, parfois en quelques notes d’une courte chanson. Et ce Soleil, toujours éblouissant, jouant de ses reflets sur les murs et fenêtres des maisons; agrandissant encore les ombres, auréolant de lumière dorée les silhouettes à sa disposition; et commençant déjà, au firmament, à peindre des pastels de ses rayons..

Mon cœur battait la chamade, et pas seulement parce qu’il fallait courir pour tenir le créneau.
Si vous saviez. C’était beau. Juste beau.

Je suis rentrée pile à l’heure, et – momentanément au moins – allégée de mes fardeaux.
Rien de tel que de pouvoir s’aérer le cerveau ! J’ai même pu faire quelques photos !!

Mais je suis gourmande, je n’en ai jamais trop, alors je verrais pour y retourner, bientôt…

La pluie

By | Dessins, Poésie / Texte | 2 Comments

Hello !

Bon, je l’avoue, je ne m’occupe pas beaucoup du blog ces derniers temps, je n’ai donc rien de neuf à y poster.
J’aimerais généralement y poster du contenu qui pourrait différer de ce que je poste sur DeviantArt ou Facebook mais vu que je manque de temps et de résultats…

Donc voici un petit acrostiche contemplatif sur « La pluie », ainsi qu’un dessin sur le même thème et l’idée de « se fondre dans la pluie ».

Le ciel délavé, de gris s’est teinté, et depuis des heures, il pleure.
Alangui dans la pénombre, il déverse ses peines comme ses bonheurs.


Petites gouttelettes et longs filaments se succèdent dans le paysage,
L‘eau y lave le sol et y nourrit la Terre des villes et des carrés sauvages.
Un voile d’aquarelle a recouvert le monde quand la pluie vient à cesser,
Ici et là, des perles d’eau demeurent disposées en colliers;
Enfin sous peu, le soleil en révèlera la beauté irisée, jusqu’ici camouflée.

Voili voilou !
Bonne journée à bientôt.

Texte – Reconnexion

By | Poésie / Texte | 2 Comments

Je l’ai posté il y a quelques temps sur DeviantArt, je le poste ici aussi, parce que je l’aime bien. C’est un mélange de poème et de prose, un texte contemplatif portant sur la Nature.

– ₪ –

Je suis sortie. J’avais besoin d’air.

La fine buée sur mes lèvres, l’écho sourd de mes pas. La respiration qui s’accélère sensiblement, et la chaleur qui s’empare de moi. Chaque fois, le même commencement. Et pourtant, toujours le même sentiment d’accomplissement…

J’ai suivi le vent et marché dans les flaques d’eau. Les pieds à terre, j’avais souvent le nez tourné vers le ciel, mes yeux rivés sur le vol des oiseaux. J’aurais voulu pouvoir m’envoler avec eux parmi les nuages… voir le monde d’un peu plus haut, admirer le paysage..
Leurs chants timides m’ont tenu compagnie, de temps en temps, le long de mon petit voyage.

Avec révérence, j’ai observé les dernières fleurs, fièrement dressées dans le froid sur des arbustes dénudés, aux branches fatiguées. J’ai scruté sur l’horizon les imposantes silhouettes décharnées qui se découpaient sur la brume des champs. Même mis à nus, les arbres restent élégants..

J’ai écouté la pluie, j’ai goûté sa caresse sur mon visage, sa fraîcheur partout alentour. J’ai aimé chacune des merveilles que j’ai croisé pendant que se levait le jour. Ces magies ordinaires qui vous donnent des frissons de plaisir, et contentent l’âme dans un soupir. J’ai savouré le ballet des feuilles mortes, leurs envolées lyriques aux incroyables teintes d’or et de feu de l’Automne.
J’ai senti, tout autour de moi, les rumeurs montantes de l’hiver qui gagnera bientôt les rues atones..

Petit à petit, bien que comme ralenti, le monde m’a semblé plus léger, et plus vivant. J’étais comme un poisson dans l’eau au milieu de ces éléments. Au loin un arc-en-ciel scintillait joliment..

J’ai murmuré ces choses qui ne se disent nulle part ailleurs. J’ai chuchoté à la rivière mes espoirs et mes peurs. J’ai soufflé mes pensées aux perles de rosée, fredonné des mélodies oubliées aux sarments de lierres enflammés, sur d’antiques tronc langoureusement enlacés.
J’ai soupiré d’admiration devant Dame Nature, sa poésie et son infinie générosité. Tout était pur moment de grâce, et de beauté.

J’ai passé des heures dans le froid, à me sentir comme chez moi. Pas un instant je n’ai douté de la chance que j’avais d’être là, d’assister à tout cela. Car c’est ainsi quand on vit l’instant présent : un parfum de bonheur si simple qu’il en paraît insolent.

Je suis rentrée, un sourire sur les joues, et le cœur au bord des paupières.

– ₪ –

Bonne journée et à bientôt ^^

Poème : Y croire

By | Poésie / Texte | No Comments

On a tous besoin de pouvoir y croire.

La caresse de l’espoir, c’est du velours dans le noir.
C’est une étincelle de vie dans un grand néant gris.
C’est une flamme vacillante dans l’obscurité qui nous hante.
C’est une flagrance enivrante, une mélodie qui nous enchante.
C’est une possibilité infinie, un peu l’envie d’avoir envie.
C’est un autre monde dans le miroir, le soleil qui se laisse entrevoir.